LES CORPS EN SOCIÉTÉ

Face au handicap, l’inclusion donne-t-elle réponse à tout ?

La société a changé de paradigme vis-à-vis des personnes en situation de handicap en passant de leur intégration à leur inclusion. S’il souhaitait s’intégrer, l’individu porteur de handicap devait auparavant s’adapter à la société sans qu’elle ne change. À présent, la société se transforme pour que tous les organismes sociaux, éducatifs, d’emploi deviennent accessibles. Y parvient-elle vraiment ?

En 2021, l’enseignement supérieur public recensait près de 51 000 étudiant·e·s en situation de handicap (ESH). Leur nombre a été multiplié par cinq depuis 2005¹. Suite à la loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances, l’inclusion de ces étudiant·e·s est devenue un véritable enjeu pour les universités. L’éducation supérieure doit être accessible à tous·tes. « Ce n’est plus aux ESH de s’adapter à la norme des valides. C’est à l’environnement de s’adapter à eux », précise Jean-Yves Anjard, docteur en sciences de l’éducation et de la formation. Les universités doivent alors mettre tout en œuvre pour garantir l’accessibilité des bâtiments sur le campus (rampe, ascenseur…), l’accessibilité numérique (différents formats de documents et de supports de cours), et l’accessibilité des pratiques pédagogiques.

L’inclusion porte ses fruits

Grâce à cette politique, « on a assisté à une augmentation importante des effectifs des ESH dans les études supérieures », souligne Jean-Yves Anjard. L’université doit relever le défi singulier de s’adresser à un grand nombre d’étudiants tout en répondant à leurs besoins particuliers. Dans la réalité, un.e ESH doit se signaler auprès du service dédié, par exemple le Pôle handicap à l’Université Bordeaux Montaigne. Après un examen médical, des aménagements pédagogiques parmi une liste préétablie peuvent être mis en place comme un tiers-temps ou une salle à part aux examens, un·e preneur·se de notes lors des cours…

 

Les aides institutionnelles se révèlent finalement génériques et portent avant tout sur les examens. « Or tous·tes les étudiant·e·s n’ont pas le même usage des aides qui leur sont proposées. Iels sont des sujets d’une histoire personnelle marquée par une situation de handicap, qui est toujours une expérience singulière. Il ne faut pas réduire une personne porteuse de handicap à un type de profil avec un simple besoin de tiers-temps », déplore Jean-Yves Anjard. Par exemple, l’aménagement de preneur·se de notes n’est pas si facile d’accès. La prise de notes est très personnelle, elle peut être détaillée ou pas, avec des abréviations… Un travail supplémentaire attend alors l’étudiant·e qui doit se réapproprier les notes dans son style.

Une femme en fauteuil rouant feuillette un livre
© Ivan Samkov - Pexels

La méthodologie utilisée par Mr Anjard repose sur une approche compréhensive, c’est-à-dire le sens que les ESH et les enseignants donnent aux déterminismes qui pèsent sur eux. Mr Anjard a ainsi mené des entretiens avec des acteurs institutionnels, 38 ESH et 40 enseignant·e·s issu·e·s d’une université française². À travers ces entretiens, il en ressort qu’à côté des aménagements institutionnels, des aménagements situationnels, plus informels et contextualisés, complètent les aides apportées aux ESH.

Des dispositifs génériques décorrélés du vécu des ESH

Malgré sa volonté d’être plus inclusive et accessible, il semble nécessaire pour l’université de pousser la réflexion au-delà des dispositifs généraux et du cadre légal posé par la loi. En effet, la réalité est beaucoup plus complexe pour les jeunes en situation de handicap qui « doivent gérer tellement plus de situations qu’un·e étudiant·e lambda… Pour elleux, c’est plus difficile de faire des études. Ils doivent faire des démarches administratives pour faire valoir leurs droits, se soigner, etc ».

 

Les enseignant·e·s ont également un rôle à jouer, car les pratiques pédagogiques sont importantes. Un début de réponse semble se dessiner dans ce que Jean-Yves Anjard qualifie « d’aménagements semi-institutionnels de proximité » où différent·e·s acteur·rice·s tentent d’imaginer des dispositifs intermédiaires pour répondre au plus près aux besoins des ESH, non pas au niveau de l’université, mais au niveau local d’une formation2. Ainsi, une faculté de médecine a créé une « commission des étudiants en difficultés » ou un DUT génie civil a inventé une « cellule d’aide à la réussite ». Les aménagements pédagogiques gagneraient à être diversifiés et personnalisés en prenant en compte la formation, le vécu et la situation de handicap de chaque étudiant·e pour un meilleur accompagnement. « L’université doit permettre à des projets de se réaliser. Ce qui est important, c’est qu’il y ait de l’humain et des rencontres. »

Etudiant écrivant au tableau
© fauxels - Pexels

Julie Farinacci

1. Recensement des étudiants en situation de handicap des établissements publics d’enseignement supérieur en 2021, MESR et MENJ.
2. Anjard, J.-Y., 2022. Aménagements pédagogiques pour les étudiants en situation de handicap dans une université française : des discours, des pratiques, des situations : une contribution pour une pédagogie inclusive à l’université (Thèse de doctorat). Bordeaux.